L’arrivée des médias et réseaux sociaux dans le monde des RH en général, et du recrutement en particulier a fait naitre un vent d’optimisme que quelques faits trop souvent oubliés viennent un peu tempérer.

 

Les attentes des recruteurs vis-à-vis de ces réseaux semblaient claires : face aux difficultés de recrutement, à l’adéquation des compétences aux postes proposés, les réseaux offraient une alternative intéressante pour s’ouvrir aux « candidats passifs », aux profils rares et recherchés. L’enquête de pôle emploi du premier trimestre 2012 venait un peu contredire cette perspective en soulignant que les entreprises éprouvaient toujours autant de difficultés à recruter dans 43% des cas, situation qui se dégradait encore de 5 % par rapport à 2011 !

 

Les attentes des candidats vis-à-vis de ces réseaux semblaient claires également : ceux qui n’en avaient pas entrevoyaient la possibilité de s’en créer un, et les réseaux autoriseraient une prise de contact différente et personnalisée, une autre façon de candidater. Seulement voilà. Les chiffres ne semblent pas partager cette alternative et les jobboards restent encore le moyen le plus prisé pour transmettre sa candidature ; Car l’acte de candidature pour trouver un emploi, reste une priorité candidat à court terme.

 

De nombreuses voix s’interrogent sur la non-efficacité relative des réseaux professionnels en termes de recrutement en France (vs les Etats-Unis par exemple ou, plus proches de nous, les Pays-Bas). Et les hypothèses se multiplient : N’est-ce qu’une question de temps ? D’argent (et oui, ce n’est pas si gratuit) ? Un nécessaire changement de posture et d’organisation face à une nouvelle exception française, l’inertie ? Un peu des 3 ? Et les réseaux eux-mêmes, ne sont-ils pas un peu responsables de cette situation (ça, ça ne va pas aider) ?

 

Il me semble à ce jour qu’une petite déception, partagée tant par les candidats que les recruteurs, est aussi une piste à retenir : les réseaux, présentés comme le nouveau lieu de l’engagement et de la conversation ? Il suffit toutefois de consulter les monologues de nombreux espaces d’échanges pour constater que la mayonnaise a du mal à monter.

 

fracture.jpgEt puis nous ne sommes pas tous présents ni tous égaux, d’abord sur l’internet en général et sur les réseaux professionnels en particulier. L’Observatoire des Inégalités dans une récente publication de mai 2012 sur la fracture numérique rappelait qu’un quart de la population française n’était pas connectée à l’internet et que seules 4 personnes sur 10 sont inscrites à des réseaux sociaux en ligne. Et le facteur temps n’a désormais qu’un effet limité car, si les inégalités d’équipement se sont fortement réduites jusqu’en 2009, depuis deux ans, l’écart ne se réduit plus (l’âge et la catégorie sociale restant des sources de discrimination fortes). Si l’on ajoute à ce fait les services payants sur certains réseaux sociaux afin de bénéficier pleinement des fonctionnalités…

 

Par ailleurs, 2 candidats aux parcours et compétences équivalentes ne se présenteront pas de façon identique sur un réseau aux yeux des recruteurs, l'un étant plus à l'aise avec l'outil que l'autre. Après tout, recruter, c'est malgré tout discriminer un peu car, à compétences égales, un choix se fera (sauf s'il y a 2 postes !).

 

Il serait finalement dommage que ces réseaux se transforment en plateforme relationnelle pour seuls happy few, happy few les moins concernés à ce jour (et probablement demain aussi) par les problématiques de recrutement ou de développement de réseau pour intégrer une entreprise…Pas vraiment une révolution en somme !

 

Voilà un beau challenge à relever pour porter aussi les politiques volontaristes de recrutement (compétences, recrutement sans CV, variété et diversité des profils recrutés) sur ces réseaux. Des signaux forts dans ce sens redonneraient peut-être un nouveau souffle et de nouveaux horizons au recrutement 2.0.

 

 

Tag(s) : #RH et Médias Sociaux
Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog